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      Qu'est-ce que tu vois que je ne vois pas encore ?

      Qu'est-ce que tu vois que je ne vois pas encore ?

      Tout associé a un angle mort. Non, plusieurs. Et l’association dans son ensemble en a aussi.

      Autant dire qu’à certains moments, nous avançons avec une visibilité assez proche d’un matin de brouillard. Le plus amusant, c’est que nous sommes généralement convaincus de très bien voir.

      Nous connaissons l’entreprise, les équipes, nous connaissons le marché, nous connaissons nos associés. Et, tant qu’à faire, nous nous connaissons nous-mêmes.Voilà.

      Tout le monde est connu. On peut avancer.

      Sauf que chacun se promène avec sa petite carte de la réalité. Très détaillée à certains endroits. Beaucoup moins à d’autres. Et avec quelques zones blanches soigneusement coloriées pour qu’on ne remarque pas qu’on ne sait pas. C’est humain. Et c’est précisément là que l’associé devient intéressant. Parce qu’il possède une qualité parfois franchement agaçante : il voit des choses que nous ne voyons pas. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est plutôt une excellente nouvelle.

      Un angle mort signifie qu’il existe quelque part un autre point de vue.

      Le problème commence généralement quand il nous le dit. C'est là que cela devient passionnant. Parce que lorsqu'un associé nous montre quelque chose que nous n'avions pas vu, la meilleure réaction possible pourrait être justement celle-ci : "Formidable, merci de contribuer à ma lucidité."

      C'est rare, extrèmement rare ! La première réaction, spontanée, ressemble plutôt à ceci : on explique à l'autre qu'il n'a pas tous les éléments, on précise, on contextualise, on argumente, et avec suffisamment d'énergie, on finit presque par lui démontrer qu'il a tort de voir ce qu'il voit. On est rassuré. Et l'angle mort, lui, est toujours là.

      C'est précisément pour cela que la première réaction comme accueillir, creuser, remercier vaut la peine de s'entraîner parce qu'elle ne va pas de soi. C'est là que l'angle mort devient alors une porte plutôt qu'un piège.

      Ce que l'autre voit avant nous

      Il/Elle peut voir notre façon de décider trop vite, de ne pas consulter les autres. Mais aussi notre capacité à sentir les sujets qu'il faudrait prioriser, notre envie de porter les choses, de tenir le cap. Il/Elle peut observer que l'équipe a besoin d'un mot, d'un geste, d'une présence ou de recadrage.

      C'est l'un des grands cadeaux de l'association, parfois inconfortable : nous ne sommes plus seuls avec notre propre version de la réalité. Nous en avons une deuxième, une troisième parfois. Et chacune enrichit la carte.

      Et si l'autre voyait aussi ce que nous ne voyons pas de nous, de bien plus grand ?

      • Une compétence que nous sous-estimons.
      • Une intuition qui, si nous osions la suivre, nous mènerait plus loin.
      • Une capacité à entraîner les autres, si naturelle chez nous que nous ne la voyons même plus comme une force.
      • Une opportunité que nous avons écartée un peu vite.
      • Une ressource que nous utilisons chaque jour, sans savoir que c'en est une.
      • ......

      L'autre peut voir nos limites. Mais il peut surtout voir plus grand que nous, pour nous-mêmes. Et je trouve qu'on ne parle pas assez de cet angle mort-là.

      On imagine facilement l'associé comme celui qui nous alerte : "Là, je pense que tu te trompes."

      On l'imagine moins souvent comme celui qui nous dit : "Là, je crois que tu ne te rends pas compte de ce dont tu es capable."

      Pourtant, cela fait pleinement partie de l'association. Et c'est peut-être même la plus belle part.

      Agrandir le champ de vision, ensemble

      On choisit un associé pour ses compétences, son expérience, son réseau, sa complémentarité, parfois son énergie et ses ressources. Mais avec lui vient quelque chose qui ne figure pas dans le pacte, et qui vaut pourtant tout autant : une autre paire d'yeux. Une autre lecture de l'entreprise, des équipes, des risques, des opportunités. Et de nous-mêmes.

      Encore faut-il avoir envie de savoir ce qu'elle voit. Et c'est là que tout commence à s'ouvrir.

      Il existe une belle différence entre demander : "Qu'est-ce que tu en penses ?" et demander :
      "Qu'est-ce que tu vois que je ne vois pas ?"

      Cette deuxième question est plus inconfortable. Elle suppose qu'il existe peut-être quelque chose que nous n'avons pas observé ce qui, entre associés, est une hypothèse audacieuse.

      Alors j'en ajouterais volontiers une troisième : "Et qu'est-ce que tu vois de positif chez moi, que je ne vois pas encore ?" Celle-là, on la pose presque jamais, non ? C'est dommage !

      Un associé nous ouvre un chemin que, seuls, nous n'aurions même pas regardé.

      Un exercice pour agrandir le champ, à deux ou en équipe

      Pour mettre tout cela en mouvement, la fenêtre de Johari est un outil simple et redoutablement efficace. Elle distingue 4 zones de connaissance de soi :

      • La zone ouverte : ce que je sais de moi, et que l'autre sait aussi.
      • La zone aveugle : ce que l'autre voit chez moi, mais que je ne vois pas, 1er angle mort.
      • La zone cachée : ce que je sais de moi, mais que je choisis de ne pas montrer. 2ème angle mort dans le partenariat.
      • La zone inconnue : ce que ni l'autre ni moi n'avons encore découvert. 3ème angle mort.

      Section image

      Les quatre zones, en détail

      Zone ouverte, c'est le terrain commun. Tout ce que je sais de moi et que l'autre sait aussi. C'est la zone la plus confortable, parce qu'il n'y a pas de décalage entre ce que je montre et ce que l'on perçoit. Elle grandit de deux façons : en révélant volontairement quelque chose de la zone cachée, et en accueillant ce que l'autre nous renvoie de la zone aveugle. Sa taille, et surtout sa vitesse de croissance, sont un bon indicateur de la qualité d'une association.

      Zone aveugle, ce que l'autre voit chez moi, et que je ne vois pas. Elle contient ce qu'on imagine en premier, une façon de décider trop vite, un signal qu'on envoie sans le savoir, mais tout autant ce qu'il y a de meilleur chez nous : une compétence sous-estimée, une capacité à entraîner les autres si naturelle qu'on ne la voit plus comme une force. Pour la réduire, une seule voie : demander, et accueillir la réponse sans la corriger.

      Zone cachée, ce que je sais de moi, mais que je choisis de ne pas montrer. Une hésitation, un doute, une intuition pas encore formulée à voix haute. Elle ne rétrécit que par un choix actif de dévoilement c'est la 3èeme question de l'exercice qui l'ouvre.

      Zone inconnue, ce que ni l'un ni l'autre ne voit encore. Un potentiel qui n'a pas eu l'occasion de se révéler. Elle ne se travaille pas par la question, mais par l'expérience : accepter de se mettre, ensemble, dans des situations qu'on n'a pas encore rencontrées et par les retours de l'entourage, des équipes, des fournisseurs, des clients.

      Comment l'utiliser entre associés ou en équipe :

      1. Chacun liste, seul, quelques mots ou traits qui le décrivent (qualités, compétences, façons de fonctionner).
      2. Chacun fait ensuite le même exercice pour l'autre, ou pour chaque membre de l'équipe.
      3. On compare les deux listes. Les points communs élargissent la zone ouverte. Les points que l'autre a vus et que je n'avais pas notés deviennent visibles : c'est la zone aveugle qui s'ouvre.
      4. On termine par les deux questions du texte, posées à voix haute, l'une après l'autre :
      • Qu'est-ce que tu vois que je ne vois pas ?
      • Et qu'est-ce que tu vois de positif que je ne vois pas
      • Et moi, qu'est-ce que je vois... et que je n'ose pas te dire ?

      Le plus souvent, c'est cette 3ème question qui déplace le plus de choses. Parce qu'elle ne cherche pas à corriger, elle cherche à révéler. Et une équipe qui s'autorise à se révéler ainsi, régulièrement, grandit plus vite que la somme de ses angles morts.

      A utiliser sans modération !

      Christine, 05.09.26

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      Solitude de l'associé, un mal silencieux ... et fréquent !
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