Êtes-vous associés ou faites-vous équipe ?
Êtes-vous associés ou faites-vous équipe ?
On peut être associés depuis 5 ans, partager une entreprise, des comptes, des salariés, des emmerdes, quelques réussites et un nombre respectable de réunions.
Et ... ne jamais être devenus une équipe. C’est assez vexant finalement.
Etre associés est un statut. Faire équipe est un travail.
La nuance m’est revenue en lisant l’excellent article d’Aurélien Rothstein dans HBR France : « Votre comité de direction est-il une Power Team ? »
Trois chiffres.
48 % d’équipes collaboratives.
47 % d’équipes coopératives.
5 % de véritables collectifs.
5 %, ça calme un peu l’enthousiasme du prochain séminaire de cohésion.
Le droit fabrique très bien des associés
Quelques statuts, une répartition du capital, des signatures, éventuellement un pacte.
Et voilà : vous êtes associés.
Pour l’équipe, en revanche, le greffe ne fournit pas le formulaire. Alors on fait comme si. On se réunit. On partage les informations. On répartit les responsabilités. Et puisque tout le monde est autour de la même table, on appelle ça un collectif. À ce compte-là, une copropriété est une équipe.
Mon équipe, mon chiffre, mon sujet.
Le problème commence souvent par un tout petit mot.
Mon.
Mon site.
Mes clients.
Mon équipe.
Mon chiffre.
Mon périmètre.
Au début, c’est parfaitement normal : chacun a des responsabilités. Puis, parfois, sans même s’en apercevoir, la responsabilité devient territoire. Puis le territoire devient propriété.
Essayez alors de questionner une décision prise sur ledit territoire. Vous découvrirez assez vite où passe la frontière. À ce stade, les associés ne dirigent plus vraiment une entreprise ensemble.
Ils négocient la cohabitation de leurs principautés avec réunion mensuelle pour maintenir les relations diplomatiques.
Le désaccord est un excellent révélateur
Quand tout le monde est d’accord, faire équipe est relativement facile. Le sujet devient plus intéressant quand une décision bonne pour l’entreprise est mauvaise pour mon périmètre. Quand un associé questionne ma manière de faire. Quand l’autre voit quelque chose que je préférerais ne pas voir. Quand mon idée n’est pas retenue. Quand il faut soutenir devant les équipes une décision que je n’aurais pas prise seul.
Là, on découvre assez vite ce qui passe en premier :
l’entreprise, le collectif des associés… ou moi.
Les collaborateurs, eux, le découvrent encore plus vite. Ils savent parfaitement repérer les failles au sommet. Ils comprennent qui n’est pas d’accord avec qui. Ils apprennent à qui demander quoi. Ils contournent. Ils choisissent parfois leur camp.
Quelques mois plus tard, on organise un séminaire pour « décloisonner les équipes ».
C’est pratique et ça évite de regarder les cloisons qu’on a construites en haut.
Additionner ou multiplier ?
C’est probablement la question la plus intéressante soulevée par cet article. Un collectif peut parfaitement fonctionner sans réellement produire du collectif. Chacun est compétent. Chacun fait son travail. Les informations circulent. Les décisions sont prises.
1 + 1 + 1 + 1 = 4.
C’est déjà bien.
Mais alors, pourquoi être associés ?
La promesse d’un collectif devrait être autre chose qu’une addition de compétences, de chiffres d’affaires et de parts sociales. Quelque chose devrait apparaître entre nous.
Comme "distribuer le leadership et se réguler en permanence dans une culture d’amélioration continue où l’égo passe systématiquement après le collectif. "
Comme "créer des espaces où l'on traite spécifiquement la dynamique de l'équipe (postures, stress, non-dits, ressentis) pour se mettre dans une démarche de progrès continu qui enrichit l’identité de l’équipe."
Comme encore développer une capacité à traverser un désaccord sans transformer l’entreprise en champ de bataille par équipes interposées.
Bref : 1 + 1 + 1 + 1 devrait parfois faire 5. Sinon, vous avez peut-être d’excellents associés et pas encore une équipe.
Alors voici peut-être une question à poser lors de votre prochaine réunion d’associés : que faisons quand l'intérêt collectif contrarie l'intérêt personnel ?
Je vous mets le lien de l'article HBR qui apporte des clés ! Bonne lecture
Christine 13.9.26

